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La Carte en forme de Lion qui unifia le Benelux








 

Au 16ème siècle, «Leo Belgicus» a aidé les Pays-Bas à gagner un long combat pour l’indépendance.

Les équipes sportives ou les mouvements politiques connaissent également ce phénomène : si vous voulez qu’un groupe disparate se réunisse, cela peut aider de choisir une bonne mascotte. Il y a près d’un demi-millénaire, la nation qui deviendra un jour les Pays-Bas allait trouver son inspiration symbolique chez un puissant animal : un lion géographique appelé Leo Belgicus.

Au milieu du XVIe siècle, la côte nord de l’Europe occidentale – le pays que nous connaissons maintenant comme les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, c-à-d le Benelux – se trouvait au beau milieu d’une crise d’identité. Les gens qui y vivaient étaient prêts à se révolter contre leur souverain, Philippe II d’Espagne, qui prélevait de lourdes taxes sans fournir beaucoup de choses en retour.

Mais la région est passée par un certain nombre de noms différents, dont la plupart («les Pays-Bas», «les dix-sept provinces») ont mis en évidence l’imprécision et la division plutôt que l’unité commune de la Nation. Les seigneurs de la couronne l’appelaient habituellement la zone « De landen van herwaarts over » – « ces terres autour de là ».

Dans les années 1560, «ces terres» ont commencé à se rebeller. En 1581, ils se sont rebaptisés la République des Sept Pays-Bas unis. Mais ce n’était pas tout à fait suffisant. Ainsi, en 1583, le cartographe Michaël Eytzinger, prenant conscience du besoin d’une identité nationale encore plus évidente, s’employa à dresser une carte unifiée de ce lieu qui venait de se déclarer uni.

Leo Belgicus

 

Un Leo Belgicus de 1617, dans sa pose standard. PIETER VAN DEN KEERE / DOMAINE PUBLIC

 

Inspiré par les nombreuses armoiries locales qui arborait le lion, il a imaginé la terre sous la forme d’un lion: la ville de Groningen sur son nez, le Luxembourg dans sa patte avant et la côte nord-ouest tout en bas de son dos.

Au fur et à mesure de la guerre, le design d’Eytzinger – qu’il appelait «Leo Belgicus», ou «Lion néerlandais», a gagné en popularité. « L’image a été bientôt reprise par d’autres artistes qui ont composé un ensemble intrigant de variations dans les frontières et les territoires », écrit l’historien littéraire Ton Hoenselaars.

 

Le premier Leo Belgicus, dessiné par le cartographe Michaël Eytzinger en 1583. FRANS HOGENBERG / PUBLIC DOMAIN

 

Beaucoup de ces variations ont vu Leo Belgicus évoluer avec la situation politique. Pour marquer la Trêve de douze ans, qui a commencé en 1609, le concepteur de cartes néerlandais Claes Janszoon Visscher a dessiné une version dans laquelle le lion est assis paisiblement, son épée tournée vers le bas. Deux ans plus tard, un lion encore moins belliqueux est dessiné par Jocodus Hondius. Celui-ci montre le lion debout à quatre pattes, sa queue enveloppée autour de ses pattes arrières, ne brandissant aucune épée.

 

Le mythique Leo Hollandicus, dessiné en temps de guerre. NICOLAO IOHANNIS VISSCHER / DOMAINE PUBLIC

 

Une fois la trêve terminée, le fils de Visscher, Nicolao Iohannis a imaginé une toute nouvelle version, le Leo Hollandicus, qui ne contient que la province de Hollande – à l’époque la zone la plus politiquement puissante de la République. Cette fois, le lion s’élève complètement, une épée dans sa patte, ses territoires contenus en toute sécurité dans son torse et ses pattes arrières.

Dans tous les cas, cependant, c’était un lion déformé, parfois au détriment de la forme réelle de la terre. « Le Leo Belgicus qui émerge manifestement ne représente pas la nation, mais une image de la nation », écrit Hoenselaars. Il était plus important d’être symbolique que précis.

 

Un Leo Belgicus orienté vers la gauche, à partir de 1630. JODOCUS HONDIUS / DOMAIN PUBLIC

 

Cet ensemble de priorités symboliques a très bien fonctionné. En 1648, les Pays-Bas, qui étaient connus sous le nom de République néerlandaise, gagnèrent la guerre et acquirent l’indépendance. Le lion avait prouvé « un élément important dans la construction d’un sentiment commun d’appartenance nationale, [et] dans la naissance … d’une identité néerlandaise », écrit l’historien Alessandro Ricci.

Dans les siècles qui ont suivi, d’autres concepteurs à l’esprit rhétorique ont emprunté cette astuce, en dépeignant leurs propres pays, par exemple avec des cochons ou des aigles (ou leurs ennemis comme des pieuvres). L’exemple le plus célèbre peut être Benjamin Franklin « Join or Die » – une bande dessinée politique sur les Treize colonies qui, selon certains experts, sert également de carte.

Beaucoup de ces symboles ont perdu leur faveur au fil du temps, mais les Pays-Bas se sont contentés de leur Leo. Aujourd’hui, près d’un demi-millénaire plus tard, il n’y a pas moins de trois lions qui s’affichent sur les armoiries du pays: un hommage approprié à un animal qui a unifié autrefois toute une nation.

 

 

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